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Poliakoff
Un maître de l’abstraction

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Serge Poliakoff - Composition abstraite, 1969
Huile sur toile - 162 x 130 cm.

Serge Poliakoff est né le 10 janvier 1900 à Moscou. Après avoir fui la Révolution, il se fixe à Paris en 1923.
Musicien, il gagne sa vie en jouant de la guitare dans les cabarets russes. Doué pour le dessin, il décide en 1929 de devenir peintre. Il parfait sa technique en suivant les cours, notamment, de l’Académie Frochot et de la Grande Chaumière.
Après de multiples hésitations, il abandonne peu à peu la figuration et, à la Libération, bascule définitivement
dans l’abstraction. Il va participer à l’une des aventures les plus exaltantes de l’art du XXe siècle : la naissance de l’Abstraction lyrique.

Des artistes venant du monde entier vivent et travaillent alors à Paris : Poliakoff, Hartung, Schneider, Soulages, Vieira da Silva, Riopelle, Joan Mitchell, le jeune Debré…  vont en faire la ville phare de l’art abstrait.Dans ce foisonnement créatif, par un miracle qui résiste à l’analyse, la peinture de Poliakoff, en affirmant constamment sa singularité, et avec un apparent « dépouillement », introduit le spectateur dans un espace illimité, cosmique, dont il peut faire son propre univers.

Ce pouvoir magique lui vaut, rapidement, la reconnaissance de ses contemporains, qui ne se démentira jamais par la suite. En 1952, il abandonne son activité de musicien : à 52 ans sa peinture lui permet, enfin, de vivre. La carrière de Poliakoff est exemplaire. Son œuvre entre dans les musées du monde entier et de grandes expositions internationales lui sont consacrées. Il meurt en 1969, quelques mois avant la rétrospective que le Musée d’Art moderne de la ville de Paris pensait lui consacrer de son vivant.

L’exposition qui est présentée à l’Espace d’Art Contemporain Fernet-Branca a, clairement, l’ambition de justifier son titre. Elle s’affirme en effet rétrospective et montrera, en conséquence, des peintures, bien sûr, mais aussi des gouaches et des gravures. Elle s’attachera également à illustrer la démarche créatrice de Poliakoff tout au long de sa carrière, les quelque 200 œuvres rassemblées déroulant un parcours allant de 1930 à 1969, pour se terminer sur une peinture inachevée.

C’est dire que le spectateur sera directement le témoin des recherches des débuts, de la figuration à l’abstraction, avec les retours en arrière chargés de doute qui caractérisent le cheminement de Poliakoff, avant la révélation de la plénitude de son art, au détour des années cinquante. Il pourra aussi constater, avec la même émotion qui nous anime, que l’œuvre de Poliakoff, en dépit de l’ « austérité » des moyens employés, n’est jamais répétitive, qu’au contraire, elle ouvre toujours de nouvelles perspectives et qu’on ne peut que déplorer un sort qui a brutalement interrompu un dialogue où, peut-être, l’essentiel n’avait pas encore été dit. 
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Voir des toiles de Poliakoff est une expérience décisive, en ceci que la vision, c’est-à-dire le rapport au quotidien, s’en trouve modifié. Autrement dit, il y a, pour toute histoire individuelle de la vision, un avant et un après Poliakoff. […] Évoquer la richesse chromatique et l’invention formelle ininterrompue de cette peinture, c’est dire aussi qu’elle nous rend plus riches et plus inventifs, qu’elle nous apporte une connaissance spécifique des formes, et de l’espace dans lequel elles adviennent.

Gérard Durozoi, Serge Poliakoff
Expressions contemporaines, 2001

 



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